26 octobre 2010
Ouragan de Laurent Gaudé
4ème de couverture :
A La Nouvelle-Orléans, alors qu'une terrible tempête est annoncée, la plupart des habitants fuient la ville. Ceux qui n'ont pu partir devront subir la fureur du ciel. Rendue à sa violence primordiale, la nature se déchaîne et confronte chacun à sa vérité intime : que reste-t-il en effet d'un homme au milieu du chaos, quand tout repère social ou moral s'est dissous dans la peur ? Seul dans sa voiture, Keanu fonce vers les quartiers dévastés, au coeur de la tourmente, en quête de Rose, qu'il a laissée derrière lui six ans plus tôt et qu'il doit retrouver pour, peut-être, donner un sens à son existence... Dans un saisissant décor d'apocalypse, Laurent Gaudé met en scène une dizaine de personnages qui se croisent ou se rencontrent. Leurs voix montent collectivement en un ample choral qui résonne comme le cri de la ville abandonnée à son sort. Roman ambitieux à l'écriture empathique et incantatoire, Ouragan mêle la gravité de la tragédie à la douceur bienfaisante de la fable pour exalter la fidélité, la fraternité, et l'émouvante beauté de ceux qui restent debout.
J’ai attendu un peu de sortir de l’histoire pour venir en parler. Parce qu’il y a tellement d’émotions dans ce livre qu’il m’était difficile de faire le tri.
Et de m’y replonger aujourd’hui me renvoie à toutes ces émotions, décrites d’une plume parfaite. C’est un très beau livre, un peu trop court à mon goût, mais au rythme soutenu où les personnages se croisent parfois.
Et c’est très habilement que l’auteur laisse chacun s’exprimer, utilisant au gré de son humeur la première ou la troisième personne, sans jamais nous perdre en chemin. Il y a même quelques passages du livre où chacun s’exprime en une seule et même phrase. Et nous avons déjà si bien fait connaissance avec chacun d’eux qu’on s’y retrouve sans la moindre difficulté.
Bien entendu, on ne peut que penser à Katrina mais au-delà de la catastrophe, c’est une galerie de portraits que nous découvrons. Et c’est « Josephine Linc. Steelson, négresse depuis presque cent ans » qui m’a le plus frappée et émue. Elle est selon moi le personnage le plus fort de ce livre, comme un noyau autour duquel les autres tourneraient. Comme si elle les portait tous à bout de bras. Tous à la recherche de quelque chose, de quelqu’un, d’eux même, de la liberté, tous livrés aux éléments et à leur propre destin.
« Elle ferme les yeux et entend un vieux chant qui lui fait du bien, c’est le mien, celui des bayous qui charmait les grenouilles, c’est le mien et tu peux t’y adosser car je suis solide et je porterai mes sœurs (…) moi, Josephine Linc. Steelson, toute négresse que je sois, malgré mes cent ans passés car le ciel s’est ouvert et nous avons fait face à notre propre nudité. »
Editeur : Actes Sud - 15/08/2010
Prix broché : 18 €
Déborah Dipashair
17:31 Publié dans Roman | Commentaires (1) | Envoyer cette note
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07 octobre 2010
PURGE de Sofi Oksanen

4ème de couverture
En 1992, l’union soviétique s’effondre et la population estonienne fête le départ des Russes. Mais la vieille Aliide, elle, redoute les pillages et vit terrée dans sa maison, au fin fond des campagnes.
Ainsi, lorsqu’elle trouve Zara dans son jardin, une jeune femme qui semble en grande détresse, elle hésite à lui ouvrir sa porte. Ces deux femmes vont faire connaissance, et un lourd secret de famille va se révéler, en lien avec le passé de l’occupation soviétique et l’amour qu’Aliide a ressenti pour Hans, un résistant. La vieille dame va alors décider de protéger Zara jusqu’au bout, quel qu’en soit le prix.
Sofi Oksanen s’empare de l’Histoire pour bâtir une tragédie familiale envoûtante. Haletant comme un film d’Hitchcock, son roman pose plusieurs questions passionnantes : peut-on vivre dans un pays occupé sans se compromettre ? Quel jugement peut-on porter sur ces trahisons ou actes de collaboration une fois disparu le poids de la contrainte ?
Des questions qui ne peuvent que résonner fortement dans la tête des lecteurs français.
Il n’est pas possible de parler de Purge en quelques lignes, il y aurait trop à dire mais ce n’est pas possible de le faire sans le dévoiler totalement.
Deux femmes, Aliide la vieille et Zara tout juste sortie de l’enfance. Un passé débordant. Deux femmes à la fois victimes et plus fortes que n’importe laquelle d’entre nous, pour avoir survécu à ce qu’elles ont vécu.
Les secrets se dévoilent, par bons dans le passé, sans jamais nous faire perdre le fil de l’histoire, des années 40 à 90 … en Allemagne ou dans l’ouest de l’Estonie. L’inavouable se découvre dans une atmosphère pesante et parfois même étouffante.
Pas une seconde d’ennui, le récit nous porte et même gorgé de détails, on ne se noie pas.
Tour à tour rageur, mélancolique, passionné, révoltant, attendrissant, parfois même pornographique, ce roman nous raconte deux femmes qui mettent tout en œuvre pour tenter de maîtriser un destin qui leur échappe par moment. Haine, soumission, lâcheté, trahison, jalousie, amour … tout en elles est excessif et presque inhumain.
Et pourtant, on s’attache à elles, parce qu’elles ont traversé l’inimaginable.
J’ai beaucoup hésité avant de lire ce livre parce qu’on en parle tellement que j’avais peur de ce trop de publicité qui est parfois trompeur.
Purge m’a tout d’abord transportée puis dérangée. Extrêmement. Je ne sais pas s’il fera partie des chefs d’œuvres, je le mettrai pour ma part dans cette catégorie sans la moindre hésitation. Pour ce qu’il donne, pour ce qu’il dévoile, pour ce que l’on ressent en le refermant tant la complexité des personnages est finement détaillée. Jusqu’à pouvoir lire en eux.
On en sort essoré, vidé, à la limite hagard. Ne les jugez pas, elles se sont déjà condamnées.
Un roman puissant.
Prix Broché : 21.50 €
Editeur : Stock (408 pages)
Date de parution : 25 août 2010
Déborah Dipashair
15:00 Publié dans Déborah Dipashair, Littérature étrangère, Roman | Commentaires (2) | Envoyer cette note
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05 octobre 2010
Ulysse from Bagdad de Eric-Emmanuel SCHMITT
4ème de couverture
Saad veut quitter Bagdad et son chaos, pour gagner l'Europe, la liberté, un avenir. Mais comment franchir les frontières sans un dinar en poche ? Tel Ulysse, il affronte les tempêtes, survit aux naufrages, échappe aux trafiquants d'opium, ignore le chant des sirènes, et doit s'arracher aux enchantements amoureux. Tour à tour absurde, bouffon, dramatique, le voyage sans retour de Saad commence...
J’ai découvert cet auteur avec « concerto à la mémoire d’un ange ». Si je n’avais pas été emballée par les histoires en elles-mêmes, j’avais beaucoup aimé son style d’écriture. Et forte des avis des uns et des autres, j’ai voulu continuer à le découvrir.
Et j’ai bien fait. On ne décroche pas de ce livre une fois qu’on l’a en main. J’ai lu des critiques de fans relativement déçus par ce roman, moi je l’ai trouvé savoureux. Saad est attachant dans sa naïveté, dans sa colère et dans sa fuite.
Un sujet difficile que celui de ce roman. L’Irak, vu par les yeux d’un jeune Irakien qui subit la dictature, la guerre, les désillusions de la libération, le fanatisme, la misère, le deuil d’êtres chers, vit une belle histoire d’amour avant de devenir clandestin. « Ici, l’avenir n’a pas d’avenir (…) je ne veux pas que ta vie s’arrête bien avant ta mort ». Et puis le monde occidental vu par les mêmes yeux. Pas un soupçon de misérabilisme et ce n’était pas facile de ne pas y sombrer. Chaque scène est rapportée avec délicatesse. Même les plus terribles.
Au cours de ce douloureux voyage, le père de Saad veille sur le jeune homme, ange gardien de son vivant et même une fois tombé sous les balles américaines. On ne pleure pas. On est ému. On rit beaucoup …
- Alors mon fils ? tel le divin Ulysse, tu frémis devant l’aurore aux doigts de roses non ?
- Pardon papa ?
- Tu ne te gèles pas le cul à 5 heures du matin ?
On se révolte et on se laisse porter par une écriture que j’ai trouvée très belle. Si je m’étais écoutée, j’aurais noté les trois quart du livre dans mon journal de lecture, tant j’ai trouvé belle la philosophie qui ressortait de chaque page.
Voilà, je suis tombée sous le charme d’un roman qui semble-t-il est loin d’être le meilleur de E.E. Schmitt, je vais donc me hâter de me procurer ses précédentes œuvres.
Editeur : Albin Michel
Prix broché : 19 € (309 pages – Edité le 03 novembre 2008)
Prix poche : 6,17 € (Le livre de poche – Sorti en septembre 2010)
Possibilité de téléchargement.
Déborah Dipashair
14:29 Publié dans Déborah Dipashair, Roman | Commentaires (4) | Envoyer cette note
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28 septembre 2010
Ce soir, je vais tuer l'assassin de mon fils de Jacques Expert

4ème de couverture
Quand son fils meurt, renversé par un chauffard qui a pris la fuite, Antonio Rodriguez jure à sa femme qu'il le vengera. Tandis que l'enquête piétine durant des mois, il en vient à découvrir qui est le meurtrier, un cadre supérieur de sa propre entreprise dont l'attitude lui paraît hautement suspecte. Pourtant, un jour, les gendarmes l'informent qu'ils viennent d'arrêter le coupable. Les preuves sont formelles, l'homme est passé aux aveux. Mais ce n'est pas le même individu. Dans ce roman à quatre voix - Antonio et sa femme, Sylvia, Jean-Pierre, l'assassin, et son épouse, Christine -, se noue un ballet macabre sur le thème de la justice personnelle, au rythme crescendo d'une question qui fera basculer leur destin à tous: qui Antonio Rodriguez tuera-t-il ce soir?
Dès les premières pages, l’identité de l’assassin est révélée. Parce que c’est un assassin. L’enfant roulait à vélo, le chauffard renverse l’enfant et s’enfuie. Sans le moindre remord. Obnubilé par sa propre sécurité. Parce que la dose d’alcool qui circule dans son sang ne lui permettra pas de sortir indemne de cette tragédie. Il décide de s’enfuir sans porter secours à Victor "qui rime avec mort", qui mourra de ses blessures.
Nous n’avons donc pas à tenter de mener notre propre enquête. Ce cadre supérieur est l’assassin, reste à savoir s’il sera puni pour son crime. Par qui. Et comment.
Bel exercice d’écriture de l’auteur que de nous plonger dans quatre différents récits, chaque personnage s’exprimant à tour de rôle. Nous plongeons dans les pensées de chacun et sommes loin des fables moralistes où l’assassin apaise sa culpabilité en avouant sa faute.
Jean-Pierre ne pense qu’à sa survie, à l’état de son véhicule, rejette toute idée de responsabilité … « il s’est jeté sur ma voiture ».
Il n’aurait aucune difficulté à oublier « l’incident » si sa femme, Christine, personnage tout aussi antipathique, n’émettait quelques doutes. Et pour ajouter une délicieuse note d’angoisse, il se trouve que le père de l’enfant n’est autre qu’Antonio, l’un des ouvriers travaillant sous les ordres de Jean-Pierre.
L’amour est vite enseveli sous la haine et la rancœur. Sylvia, la mère inconsolable, ira jusqu’à arracher à son époux la promesse de les venger. En tuant l’assassin de leur fils.
Pas de mélo, ni larmoiement, juste les calculs froids d’un homme détestable aux pensées monstrueuses, d’une femme bafouée ne cherchant qu’à régler ses propres comptes, d’une mère aveuglée par la douleur et d’un père manipulé malgré lui.
Deux questions se posent inévitablement à la lecture de ce roman. Que ferions-nous si nous étions le coupable ? Que ferions-nous vraiment ? Que ferions-nous si nous étions le parent de l’enfant disparu ?
Et puis le coupable idéal est enfin arrêté. Mais nous, nous savons qu’il est innocent.
Tout le suspens tient en ces mots : qui Antonio va-t-il tuer ?
J’ai beaucoup aimé : j’aime ce genre de livre. On est suspendu aux mots, le souffle coupé. Et le choc est brutal lorsque l’on tourne la dernière page, pour tomber sur une feuille blanche. C’est fini.
254 pages
Prix broché : 18 €
Editeur : Anne Carrière (14 janvier 2010)
Déborah Dipashair
11:30 Publié dans Déborah Dipashair, Polar, Roman | Commentaires (3) | Envoyer cette note
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27 septembre 2010
Rosa Candida de Audur Ava OLAFSDOTTIR
Je sais, je sais, je dois parler des livres que j’ai lu cet été mais celui-ci, je l’ai dévoré ce week-end et c’est une petite œuvre d’art.
4ème de couverture Le jeune Arnljótur va quitter la maison, son frère jumeau autiste, son vieux père octogénaire, et les paysages crépusculaires de laves couvertes de lichens. Sa mère a eu un accident de voiture. Mourante dans le tas de ferraille, elle a trouvé la force de téléphoner aux siens et de donner quelques tranquilles recommandations à son fils qui aura écouté sans s'en rendre compte les dernières paroles d'une mère adorée. Un lien les unissait : le jardin et la serre où elle cultivait une variété rare de Rosa candida à huit pétales. C'est là qu'Arnljótur aura aimé Anna, une amie d'un ami, un petit bout de nuit, et l'aura mise innocemment enceinte. En route pour une ancienne roseraie du continent, avec dans ses bagages deux ou trois boutures de Rosa candida, Arnljótur part sans le savoir à la rencontre d'Anna et de sa petite fille, là-bas, dans un autre éden, oublié du monde et gardé par un moine cinéphile. L’un des chefs-d’œuvre de cette rentrée littéraire, Rosa Candida a enfin été traduit dans notre langue et c’est un beau cadeau que l’on nous fait. Une petite merveille littéraire. Non, pas de celle qui nécessite un dictionnaire pour comprendre le sens des mots, non. Juste des mots joliment associés les uns aux autres qui nous transportent dans la vie de ce jeune homme de 22 ans, Arnljótur, que l’on regarde grandir au fil des pages. Arnljótur a hérité de sa mère sa passion et son don pour le jardinage et pas n’importe quel jardinage. C’est pour cela que deux ans après avoir entendu ses derniers mots au téléphone, il quitte la maison familiale pour une ancienne roseraie tenue par des moines, quelques boutures de Rosa Candida dans ses bagages. En chemin, il est hospitalisé pour une crise d’appendicite puis prend en stop une jeune fille à qui il confie un peu de son histoire, celle qui l’a rendu père. Père d’une merveilleuse petite fille qu’il n’a vu que deux fois, née d’une courte nuit d’amour. Arnljótur n’est pas homme à se ranger, l’insouciance de son jeune âge lui fait aimer les femmes une seule nuit, jamais plus. Arnljótur est aussi le frère jumeau de Joseph, autiste et c’est leur père qui parle le mieux de leur famille. « Tu n’avais que 24h et tu t’étais déjà mis à veiller sur lui (…) c’est toi qui lui tenais la main. Ton frère a dormi presque tout le temps, la première année, toi tu veillais et regardais le monde. (…) Ta maman et toi, vous parliez beaucoup ensemble tandis que Joseph et moi, nous nous taisions ensemble. » Arnljótur arrive enfin à destination et se prend d’amitié avec l’un des moines, cinéphile passionné. Il commence tout juste à prendre ses marques qu’Anna le contacte. Elle doit travailler durant un mois sur son mémoire et doit lui confier leur fille de 9 mois. Quelques jours plus tard, mère et fille arrivent dans son nouveau logis et finalement s’installent toutes les deux chez lui. Plus qu’un père, Arnljótur devient adulte au fil des jours et un tendre lien uni très vite nos héros les uns aux autres. Rosa Candida, c’est une superbe histoire sur le cheminement du deuil, sur l’amour d’un père d’un fils, d’un compagnon, d’un enfant qui devient homme. Sans larmoiement, que des sentiments simples et justes. A lire absolument. Prix broché : 20 € Editeur : Zulma Date de parution : 19/08/2010 Déborah Dipashair
10:47 Publié dans Déborah Dipashair, Littérature étrangère, Roman | Commentaires (2) | Envoyer cette note
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24 septembre 2010
Tante Mame de Patrick Dennis
Quatrième de couverture.
Tante Mame est une femme imprévisible, émancipée, et fantasque dont la vie est régie par un principe intangible : la liberté. Lorsqu'elle recueille son neveu Patrick, jeune orphelin, ce n'est pas pour l'entretenir dans les convenances ni les conventions, mais pour l'initier à une existence exubérante, pleine de passions cocasses et d'humour, lui donnant ainsi une leçon pour la vie: ne jamais céder au découragement. Hilarant de la première à la dernière page, Tante Mame est un étincelant témoignage de l'humour anglo-saxon, nourri de dérision, d'ironie, de fougue, et le lecteur gardera pour seule nostalgie de n'avoir pas eu, lui aussi, une Tante Marne dans sa vie. Roman culte, Tante Mame, dont le personnage a d'ailleurs été inspiré par la propre tante de l'auteur, l'excentrique Marion Tanner, se situe dans la plus grande tradition de la comédie américaine.
Imprévisible, c’est le moins que l’on puisse dire. Fantasque, attachante et parfois très agaçante, Tante Mame vit sur une autre planète et se voit pourtant confier la garde de son neveu.
Et pour nous mettre dans l’ambiance, lorsque tante Mame demande au jeune Patrick ce que son père lui disait d’elle, celui-ci lui répond « il a simplement dit que vous étiez une femme très spéciale et qu’être entre vos mains était un sort qu’il n’aurait pas souhaité à un chien, mais que l’on ne choisit pas à qui l’on emprunte et que vous étiez ma seule parente vivante ».
De ses 11 ans et jusqu’à l’âge adulte, l’auteur nous raconte sa vie aux côtés d’une tante totalement déjantée. Les aventures et mésaventures se succèdent, mais tout se termine toujours bien dans le style hollywoodien.
Je me suis beaucoup amusée, un mal fou à reposer le livre une fois plongée dedans, même si l’histoire n’a rien d’extraordinaire. C’est plus une suite d’histoires, comme des nouvelles qui reprennent toujours les mêmes héros principaux, un peu plus âgés à chaque fois.
Les dialogues sont percutants, les réparties drôles et excellentes.
Et au centre de toutes ces péripéties, des sujets graves comme le nazisme, la mort, la trahison, sont abordés avec un humour plein de tact.
On a vraiment envie de connaitre cette femme qui peut pourtant se révéler si insupportable.
Et le rebondissement final, même si on le voit arriver, nous fait refermer le livre avec une douce envie d’y revenir.
Editeur : Flammarion
Prix broché (381 pages) : 21 €
Paru en : mai 2010
Déborah Dipashair
10:23 Publié dans Déborah Dipashair, Littérature étrangère, Roman | Commentaires (0) | Envoyer cette note
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09 septembre 2010
4 Romans au hasard
J’ai été assez occupée ce mois d’août et je n’ai pas eu le temps de lire tout ce que j’aurais aimé lire, tout comme je n’ai pas le temps de faire un fiche par roman à mon retour. Mais comme j’ai quand même envie d’en parler, en voici 4 en vrac.
En cas de bonheur de David Foenkinos.

4ème de couverture. Claire et Jean-Jacques vivent ensemble depuis huit ans. Mais, leur tendresse apparente, qui les fait citer en exemple par leurs amis, cache la véritable érosion de leur amour... Dissection d'un couple pas comme les autres... un couple comme tous les autres.
Un livre d’été, de vacance, à déguster sans modération, parce qu’il parle de tous les couples du monde et de nos questionnements sur la fidélité, la trahison, la séparation … les retrouvailles. Je me suis beaucoup amusée, certaines situations sont vraiment cocasses. La fin part un peu en série B eau de rose mais ça n’enlève rien aux bons moments que nous procurent ces quelques 232 pages.
Je ne suis pas à vendre de Dominique Souton.
4ème de couverture. Mélanie Coste est mise au pied du mur ; elle doit écrire le discours inaugural d'une exposition sur la sexualité, et pour cela (pense-t-elle) trouver un amant, la semaine même où elle a décidé d'arrêter de fumer, de boire et de manger. Difficile pour cette "professionnelle de la communication" de 40 ans, bourrée de symptômes. Psychanalyste, alcooliques anonymes, tabacologue, hypnotiseur, tous lui proposent leurs services. En vain. Amateur de vernissages, internaute, cadre sup, joueur en Bourse, militant altermondialiste, aucun ne fait vraiment l'affaire. Comment va-t-elle s'en sortir? Prenant exemple sur la comédie anglo-saxonne, Dominique Souton trempe sa plume dans l'acide et dézingue les clichés d'une pseudomodernité envahissante.
Comédie, oui. Anglo-saxonne … non. En tout pas, pas à mon avis. Je suis assez friande de ce type de roman et je n’y ai pas retrouvé cet humour si particulier. Encore un livre d’été qui se lit sans prétention. Je n’en garde pas un souvenir exceptionnel parce que les gags qui s’accumulent finissent par me lasser tellement j’ai du mal à y croire. Néanmoins, on peut facilement se retrouver en l’héroïne. Sa crise de la quarantaine, sa recherche perpétuelle de l’amour et les gaffes qu’elle collectionne nous la rendent sympathique.
Invisible de Paul Auster.
4ème de couverture. New York, 1967: un jeune aspirant poète rencontre un énigmatique mécène français et sa sulfureuse maîtresse. Un meurtre scelle bientôt, de New York à Paris, cette communauté de destins placés sous le double signe du désir charnel et de la quête éperdue de justice. Superbe variation sur "l'ère du soupçon", Invisible explore, sur plus de trois décennies, les méandres psychiques de protagonistes immergés dans des relations complexes et tourmentées. Le vertigineux kaléidoscope du roman met en perspective changeante les séductions multiformes d'un récit dont le motif central ne cesse de se déplacer. On se délecte des tribulations du jeune Américain naïf et idéaliste confronté au secret et aux interdits, tout autant qu'on admire l'exercice de haute voltige qu'accomplit ce très singulier roman de formation. Au sommet de son art narratif, Paul Auster interroge les ressorts mêmes de la fiction, au fil d'une fascinante réflexion sur le thème de la disparition et de la fuite.
Son second titre pourrait être « mensonges ». Je me suis régalée dans la première partie, l’été. Raconté à la première personne, la fin de cette première partie est aussi inattendue que palpitante. J’ai été un peu déstabilisée par le printemps, (raconté à la deuxième personne, bel exercice de style) parce que je ne suis pas friande des scènes plus « chaudes ». Disons que ce n’est pas ce que je recherche dans un roman et que je ne m’y attendais pas. Ajoutons à cela quelques petites convictions personnelles qui sont bousculées … même sans un gramme de vice …. Et cela donne un cocktail détonnant. L’automne nous dévoile un héros tout à fait différent de ce que nous nous étions imaginés. Totalement déconcertant. On ne sait plus où se trouve la frontière entre la vérité, le fantasme, le rêve. Pour conclure, vient l’hiver inachevé, que l’auteur nous laisse deviner. Déroutant, jusqu’au bout. En bref, il a bien joué avec nous et c’est sans la moindre résistance que je me suis laissée prendre au jeu. Parce que tout est superbement bien amené.
Zoli de Colum Mc Cann.
Pour celui-ci, je serai brève car Charlotte vous en a très bien parlé ici.
Décidemment, j’adore cet auteur, il a un don de conteur assez extraordinaire. Et je raffole des destins de femmes comme celui qu’il nous raconte dans Zoli. L’enfant Rom « qui se lavait dans l’eau qui court » devenue femme nous bouleverse dès les premières pages. Elle et l’histoire des siens, persécutés et chassés perpétuellement. L’auteur joue avec les mots, tour à tour poète et … poète « elle nous chie plus de conneries que tous les trous du cul dans les chiottes de l’usine » et nous emporte dans un autre monde. Je l’ai lu début août et je l’avais encore en tête lors des derniers événements survenus en France … ça laisse songeur.
Et il faut encore que je revienne parler de « Quitter le monde » de Douglas Kennedy, « La lamentation du prépuce » de Shalom Auslander, « Les invités » de Pierre Assouline et « Les gens » de Philippe Labro… on dit la semaine prochaine ?
Déborah Dipashair
15:25 Publié dans Déborah Dipashair, Littérature étrangère, Roman | Commentaires (0) | Envoyer cette note
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26 juillet 2010
Juliet, Naked de Nick HORNBY
4ème de couverture :
A Gooleness, petite station balnéaire surannée du nord de l'Angleterre, Annie, la quarantaine sonnante, se demande ce qu'elle a fait des quinze dernières années de sa vie... En couple avec Duncan, dont la passion obsessionnelle pour Tucker Crowe, un ex-chanteur des eighties, commence sérieusement à l'agacer, elle s'apprête à faire sa révolution. Un pèlerinage de trop sur les traces de l'idole et surtout la sortie inattendue d'un nouvel album, Juliet, Naked, mettent le feu aux poudres. Mais se réveiller en colère après quinze ans de somnambulisme n'est pas de tout repos ! Annie est loin de se douter que sa vie, plus que jamais, est liée à celle de Crowe qui, de sa retraite américaine, regarde sa vie partir à vau-l'eau... Reste plus qu'à gérer la crise avec humour et plus si affinités...
Que du bonheur ! Du Nick Hornby à l’état pur … et même amélioré. Je vois déjà le film, j’ai même choisi les acteurs tellement j’ai vécu ce livre. Un humour délicieux, des dialogues percutants, même les personnages détestables nous deviennent attachants.
Annie, quarantenaire, vit avec Duncan depuis 15 ans. Celui-ci voue une passion maladive à un chanteur qui a disparu de la circulation depuis des années, sans laisser d’autres traces que la légende que ses fans fanatiques ont créée au fil des ans. Et voici notre couple à nouveau parti en pèlerinage, pour découvrir les toilettes d’un bar où Crowe, l’idole disparue, aurait prit la décision de quitter la scène.
Se recueillir dans des toilettes immondes, s’en est trop pour Annie qui retourne chez elle, laissant son compagnon terminer seul sont périple. Le moment où celui-ci se retrouve devant la maison d’une potentielle ex petite amie du chanteur m’a littéralement transportée. Hallucinant, jusqu’au fou rire.
Bien entendu, lorsque le couple se retrouve, la situation est tendue. D’autant qu’Annie a osé ouvrir un courrier adressé à Duncan, qui contient le dernier CD de Crowe, livré en avant première. Et qu’elle a poussé le sacrilège à écouter ledit album avant son fan. Le fossé ne cessera de se creuser entre eux, puisqu’Annie n’aime pas du tout ce nouvel album et ne s’en cache pas. Dépité, Duncan se jette dans les bras d’une collègue de travail et lorsqu’il avoue son aventure à Annie, celle-ci décide de rompre.
En parallèle, Annie décide de donner son avis sur l’album de Crowe en publiant une critique sur le site de ses fans. Et contre toute attente, Crowe lui répond en personne et en privé. L’auteur glisse alors sur la véritable histoire de Crowe.
Une correspondance effrénée s’engage entre Annie et l’idole de son ex compagnon, ce qui nous offre de délicieux moments cocasses, émouvants, pleins de cet irrésistible humour british et de sagesse en même temps.
« Je ne pense pas que les gens qui ont du talent lui accordent forcément de la valeur, parce que ça leur vient facilement et qu’on n’accorde jamais de la valeur à ce qui vient facilement. »
Merci Monsieur Hornby pour ce dernier roman, ce fut un réel plaisir de la première à la dernière page.
Prix Broché : 19 €
Editeur : 10/18
Paru en : mai 2010
Déborah Dipashair
15:47 Publié dans Déborah Dipashair, Littérature étrangère, Roman | Commentaires (2) | Envoyer cette note
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23 juillet 2010
Le café à l'eau de Françoise Hamel

Ce livre a une histoire pour moi.
C’est en regardant la grande librairie que j’ai entendu parler de lui pour la première fois. Bien entendu, il n’est plus publié depuis 1995.
Mais tout de même, il me le fallait parce que l’histoire me parlait.
Celle d’une famille terrorisée par un père militaire tyrannique. Le tout raconté de façon très cocasse.
J’ai donc lancé un appel sur le net et une charmante personne y a répondu aussitôt. Elle en a parlé autour d’elle jusqu’à trouver un heureux propriétaire. Qui a accepté de me l’offrir, sans rien demander en contrepartie.
Ce qui est assez rare de nos jours, convenons-en. Mais cette personne a connu quelques mésaventures et le livre lui a été dérobé avec d’autres objets personnels … qui lui ont été rendus en partie quelques jours plus tard.
L’histoire se termine donc bien et je remercie du fond du cœur cette charmante personne d’avoir tout mis en œuvre pour combler mon caprice du moment.
Parlons un peu de ce roman autobiographique maintenant. Il est écrit dans un style inhabituel et parfois étrange. J’ai eu un peu de mal à m’y faire parce que sa lecture réclame beaucoup d’attention et chaque mot est important. Les dialogues sont parfois effarants.
« Tu auras toujours l’air de sortir d’une gare avec un paquet mal ficelé … »
Trois enfants et leur mère subissent au quotidien la tyrannie d’un père malade qui terrorise sa famille. Les enfants n’ont pas de noms mais sont nommés par leurs âges respectifs, 14, 15 et 16 (ou la pensionnaire) c’est dire qu’ils ne sont même pas considérés comme des êtres humains à part entière. Tout leur est interdit, jusqu’à parler sans l’accord du père dit « le héros ». Jusqu’aux études que celui-ci leur interdit. 16, la pensionnaire, est notre héroïne et sa révolte est palpable. Elle lit en cachette, s’instruit en cachette, survit en cachette. Le seul plaisir qui soit accordé à cette pauvre famille, c’est le café à l’eau que chacun peut avaler jusqu’à plus soif, sans faire de bruit, tandis que le héros sieste longuement dans « la chambre interdite ».
Tout dans ce livre est violence, dureté, folie, injustice … mais le tout servi sur un plateau d’humour, ce qui est une belle prouesse. Folie oui, parce que la mère, dit la boyesse, pour fuir celle de son mari, se fait interner pendant les vacances scolaires. Et tente par tous les moyens de faire interner ses enfants avec elle.
L’absurde,le burlesque, traité avec talent, ça faisait un moment que je n’avais pas lu un roman de cet acabit.
Il mériterait d’être à nouveau publié.
Editeur : Grasset
Déborah Dipashair
13:20 Publié dans Déborah Dipashair, Roman | Commentaires (0) | Envoyer cette note
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08 juillet 2010
Zoli, de Colum McCann
1ère phrase : "Il longe le lit du ruisseau et l'immonde paysage se révèle peu à peu, les seaux renversés dans un coude plus loin, le landeau cassé dans les mauvaises herbes, le baril de pétrole qui tire une langue rouillée, la carcasse d'un frigo dans les ronces."
Dernière phrase : "Elle commence."
Une phrase pas au hasard : "J'avais choisi le silence pour leur parler, une parole ni meilleure ni pire qu'une autre."
Zoli, c'est une histoire. J'ai failli écrire Histoire avec un grand H, mais vous auriez pensé à un roman historique. D'une certaine façon c'en est un, c'est un roman sur l'histoire des Rom, des Tziganes, des Gitans. Des années 30 en Tchécoslovaquie, à Paris et la Slovaquie en 2003, on suit l'histoire de Zoli, Rom à la voix d'or et à la peau noire, et à travers elle celle de cete communauté méprisée, ignorée.
Zoli est une Rom originale : son grand-père lui a appris à lire et à écrire. Elle invente des poèmes, des chansons qui la feront accéder à un monde qu'elle ne connaît pas, le monde des gadze avec leurs dorures et leurs façades changeantes en ces temps de communisme des pays de l'Est.
Zoli, c'est une grande dame, forte et pure.
J'ai lu ce roman juste après Les visages et je pense que c'est la différence de rythmes qui m'a empêchée d'entrer dans cette histoire. Parce que Zoli, c'est une douceur, un roman tranquille et calme malgré les duretés de ces vies abîmées et de ces traditions si violentes parfois.
Charlotte Ofrèz
Zoli
Editions Belfond
21 €
20:19 Publié dans Charlotte Ofrèz, Littérature étrangère, Roman | Commentaires (4) | Envoyer cette note
| Tags : rom, tzigane, gitan, slovaquie, tchécoslovaquie, communsime |
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